4ème séminaire international francophone de prévention des accidents et des traumatismes et de promotion de la sécurité. Bruxelles, du 8 au 11 juillet 2001

Intervention inaugurale de Madame Nicole Maréchal, Ministre de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé
du Gouvernement de la Communauté française de Belgique


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je vous souhaite à toutes et à tous la bienvenue et peut-être plus particulièrement à nos amis qui viennent de l’étranger, puisque ce séminaire s’inscrit dans les activités de la section prévention des accidents et des traumatismes et de promotion de la sécurité du Réseau francophone de promotion de la santé.

Le nombre des participants inscrits et leur dispersion géographique montrent bien l’intérêt pour la thématique de ce séminaire sur « les défis de l’évaluation » ; cela témoigne aussi de la vitalité de votre Réseau, de sa dynamique et montre qu’il répond bien à une attente.

Pour ma part, si comme Ministre de la Santé de la Communauté française je suis ici ce soir, c’est que cette initiative, et la dynamique de réseau qui la supporte, s’accordent avec un certain nombre de choix prioritaires de la politique de promotion de la santé que j’entends poursuivre.

La Communauté française dispose d’un cadre législatif qui organise la Promotion de la santé, c’est-à-dire un ensemble de stratégies d’interventions à la fois sur les comportements – comme l’éducation pour la santé - et sur l’environnement socio-politique, de manière à rencontrer les facteurs déterminants de la santé. Mes priorités depuis cette législature sont orientées vers le "Comment développer des stratégies de Promotion de la santé qui prennent en compte l’impact des inégalités sociales ?", vers le "Développement d’approches à partir des milieux de vie – l’école, les quartiers en difficultés, les communes -", de soutenir des stratégies de proximité, communautaires. Même si la participation des personnes concernées et la plurisectorialité sont encore largement contre culturelles dans nos modes de vie sociale, elles me paraissent des leviers incontournables pour une efficacité et pour des solutions durables en matière de promotion de la santé et de prévention.

Le lien entre le réseau, le séminaire et les choix prioritaires en Communauté française :

- La prévention des accidents et des traumatismes est considérée comme priorité de santé ; elle est d’ailleurs considérée comme telle dans le programme quinquennal de la Communauté française. Il me suffira devant un parterre d’experts et de convaincus de rappeler l’importance du problème en termes de mortalité et de morbidité des enfants par rapport aux accidents à la maison; de mortalité et de morbidité des jeunes par rapport aux accidents de sport et de loisirs, mais aussi aux actes de violence et aux suicides; de morbidité des personnes âgées par rapport aux chutes à domicile. On le voit, la conception du traumatisme s’est largement étendue en faveur d’une approche non seulement physique mais aussi psychologique et sociale.

- Correspondant au développement d’une santé positive, la promotion de la sécurité est un thème privilégié pour des approches multisectorielles : ex. : pompiers, architectes, gestionnaires de logement, moniteurs de sport deviennent des acteurs significatifs en cette matière.

- De la même façon, la prévention des accidents relève de plusieurs compétences ministérielles; la spécificité de la Communauté française se situait depuis 20 ans dans le champ de l'éducation pour la santé, depuis 1997 elle a élargi son champ à la promotion de la santé.

- Dans la précédente législation, la prévention des accidents de la vie courante constituait l'une des thématiques traitées par un service aux éducateurs pour la santé au même titre que d'autres : tabac, alcool, drogues, alimentation…. Dans le cadre d'un financement du Ministère de la Communauté française, l'ASBL Educa-Santé assure le soutien au développement de projets par la formation des acteurs locaux, l'organisation d'un centre de ressources, la constitution de réseaux d'intervenants et de projets connectés en un réseau communautaire intitulé Réseau Actions Sécurité.

- Cette action se prolonge et s’articule au sein de Réseaux transfrontaliers par le biais de programmes européens (Interreg) et sur le plan de la francophonie internationale dans le cadre du REFIPS.

- Le décret de promotion de la santé, dans ses applications, a des effets structurels et inscrit la prévention des accidents dans une nouvelle dimension : il propose de repositionner dans les contextes de vie et d’appeler à la participation.

Quelques orientations développées dans le plan communautaire :
1) Favoriser une approche communautaire de la sécurité par l'application du concept de "Communauté sûre". C’est le cas de la Commune de Fontaine-l'Evêque, qui mène une série d’interventions dans ce sens. Elle s'implique dans le réseau "Vers des politiques de santé communales" que j’ai initié l’an dernier pour soutenir les mandataires communaux dans un rôle d’acteur en faveur de politiques de santé au niveau communal. Aujourd’hui, ce réseau se construit ; ils sont quatre cents à s’inscrire dans cette dynamique ; la commune est un espace où il est possible de prendre en compte des problèmes dans la proximité ; le réseau doit aider les mandataires à se mettre en capacité de développer des actions de promotion de la santé et à en devenir des nouveaux acteurs. En matière d’accidents et de sécurité, les communes disposent clairement de leviers utiles.

2) Développer des stratégies qui privilégient la participation des familles et des professionnels à la mise en œuvre de conduites préventives qui renforcent la sécurité par des mesures passives reconnues efficaces (comme l’utilisation de matériel de sécurité), et par des démarches de communication et d'éducation (comme la réduction et la gestion des risques).

Ces mesures favorisent la participation car elles répondent à un besoin : ex. : implantation de trousses de sécurité au domicile de familles qui évaluent elles-mêmes l'utilité, l'efficacité et la facilité de placement des objets de sécurité.

3) Privilégier des mesures qui réduisent les inégalités : ex. : amélioration de la sécurité des logements (ex. : modification des chauffe-eau dans tous les logements sociaux bruxellois), qualité et sécurité du matériel des plaines de jeux, aménagement des abords des écoles.
Ces initiatives, outre la thématique elle-même, me paraissent importantes pour valoriser le développement des compétences, au moins à deux égards :
- la stimulation des échanges entre intervenants de secteurs différents : le cloisonnement des compétences entre différentes disciplines et entre les différents niveaux institutionnels est un frein objectif à une approche globale de la santé. Tout ce qui favorise une intersectorialité doit être valorisé. Une autre raison complémentaire est le fait que peu d’acteurs, hors le secteur de la santé, sont conscients de leur capacité à être très utilement des acteurs de santé. C’est pourquoi l’interpellation vis-à-vis des autres secteurs de la vie sociale doit être renforcée. Par exemple qu'Educa-Santé participe à la Commission de Sécurité des Consommateurs me paraît une très bonne chose, que le lien se fasse entre le sport et la santé dans le nouveau décret sur la promotion de la santé dans le sport ou que des conférences communautaires de santé créent un espace interministériel de discussions autour de facteurs déterminants de la santé me paraît pertinent.

- Les échanges entre intervenants d'autres pays : la Communauté française est un petit champ; même s’il est riche de compétences, il doit s’enrichir des expériences voisines. Je souhaite ouvrir à des échanges de savoir et de savoir-faire comme par exemple : l’engagement dans des programmes européens (recueil de données sur les brûlures auprès de tous les centres de brûlés de 17 pays européens), la mise sur pied dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l’Europe d’un colloque sur l’approche communautaire comme stratégie de promotion de la santé à l’égard des populations défavorisées, le développement d’un accord belgo-québecois sur des programmes de santé (traumatismes et SIDA).
Enfin, l’objet sur lequel vous allez travailler durant cette semaine, la question de l'évaluation, est un objet constant de préoccupations pour quiconque est promoteur de projet, mais sans doute encore davantage comme responsable politique :
- dans le cadre du décret, l'évaluation y a une place importante tant comme outil de pilotage des projets (d'autant plus important que des projets sont pluriannuels), que comme indicateur de résultats et donc utiles à opérer des choix de priorités. Cela s’est traduit par la mise en place d'un Conseil Supérieur de Promotion de la Santé qui donne avis sur les projets en vue d'agrément et subventionnement. Des outils pour objectiver les analyses ont été produits comme un canevas de rédaction et une grille d'appréciation;

- dans la perspective de développement de programmes communautaires, la question de l’évaluation doit se poser de façon novatrice pour ne pas être réductrice si elle restait uniquement quantitative ou, à l’inverse, inopérante. Il y a une complexité nouvelle à rencontrer. Un chantier est ouvert en Communauté française; une réflexion est en cours, coordonnée par l’ASBL Santé, Communauté, Participation, avec les acteurs sur la spécificité des indicateurs dans de tels programmes et la démarche d'auto-évaluation.
Vous comprendrez l'intérêt porté pour les travaux du séminaire et le souhait de voir se poursuivre cette réflexion après pour en faire bénéficier d'autres intervenants.

Je vous souhaite bon travail et je prendrai connaissance de vos délibérations avec le plus grand intérêt.



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