Développement du rôle des médecins généralistes et des pédiatres dans la prévention des accidents des jeunes enfants

Programme de prévention des traumatismes et de promotion de la sécurité en Communauté française (1998 – 2003)

En Belgique, les accidents sont la première cause de mortalité chez les enfants de moins de 15 ans. De ce point de vue, la situation est comparable avec celle des autres pays industrialisés. En 1997, pour l’ensemble de nos Régions et Communautés, le pourcentage de décès par accidents non liés au transport était de 26% chez les enfants entre 1 et 4 ans, 19% chez les enfants de 5 à 9 ans et de 10% chez les enfants de 10 à 14 ans. Il est maintenant admis qu’un accident est presque toujours évitable et que sa survenue répond à un schéma prédictible, comme le médecin en a l’habitude pour certaines maladies. Pour préparer des actions concrètes, une enquête a été menée auprès des Généralistes et des Pédiatres en Communauté française. Sur la base des attentes exprimées, le présent article propose une démarche d’intervention concrète.

L’enfant exposé, les parents immergés et le médecin demandeur d’informations pour organiser la prévention

Une prévention efficace des traumatismes implique des actions combinées de prévention active (éducation, « counseling ») et de prévention passive (législation et utilisation de matériels de protection : barrière d’escalier, casque de vélo, barrière pour piscine, etc …). A cela s’ajoute la notion de risque. Chez l’enfant, l’immaturité du système psycho-sensori-moteur, combinée à l’esprit naturellement curieux augmentent le risque d’accidents. Son environnement matériel (objets, produits, habitat, …) est conçu par et pour les adultes et il subit à sa manière les stress psychologiques et affectifs de la famille (deuil, séparation, famille recomposée, maladies, déménagement, …). De leur côté, les parents peuvent sous-estimer l’importance des accidents ou surestimer les capacités de leurs enfants à agir de manière sécuritaire. Ils peuvent aussi considérer que l’enfant « fait des bêtises » pour le plaisir d’en faire ou pour braver l’autorité, ce qui engendre des réponses au coup par coup, plus répressives qu’éducatives.

Selon l’enquête menée en 2001 auprès de 400 Médecins Généralistes et Pédiatres, les praticiens de première ligne sont fortement impliqués dans la prise en charge des traumatismes chez les enfants. C’est surtout à cette occasion qu’ils donnent les conseils préventifs. En dehors de ces occasions, les médecins généralistes et les pédiatres n’ont pas l’habitude de faire des démarches proactives systématiques vis-à-vis des parents pour la prévention des accidents domestiques. Ils estiment manquer de temps, manquer de connaissance des techniques de prévention efficaces dans ce domaine et manquer d’outils qui leur permettent d’appuyer leurs conseils aux parents. Ceci dit, les médecins estiment quasi tous qu’ils ont un rôle à jouer dans la prévention des traumatismes. Ils ont fait des propositions très concrètes de formation et d’information qui leur seraient destinées aussi bien qu’à leurs patients.

En matière de prévention des traumatismes, l’efficacité des actions est testée scientifiquement et l’évidence démontrée fait l’objet de publications dans des revues internationales (Injury Prevention, une revue éditée par le BMJ., par exemple).

Comment être concret, efficace et utiliser son temps à bon escient ?

Lors de ses consultations et surtout de ses visites, le Médecin Généraliste qui désire prévenir efficacement les accidents domestiques des jeunes enfants interviendra auprès des parents :
  • en donnant des conseils ciblés en fonction de l’âge de (des) enfant(s),
  • en faisant la promotion de certains matériels de sécurité domestique
  • en identifiant les risques spécifiques dans la famille.
Le fait de cibler les messages en fonction de l’âge, en fonction du matériel essentiel de prévention passive et en fonction de risques potentiels permet d’agir sans prendre trop de temps et de manière progressivement intégrée aux visites et aux consultations.

Vu les difficultés pratiques de délivrer ces conseils (voir les réponses à l’enquête auprès des Généralistes et des Pédiatres) il est sans doute plus réaliste de les cibler sur les familles connues et régulièrement suivies et/ou sur les familles dans lesquelles un accident est survenu. Ces deux opportunités sont probablement celles pour lesquelles il est plus facile de proposer des conseils sans que le Médecin ne soit ressenti comme un intrus.

1. Des messages pour les parents, centrés sur l’enfant

La manière la plus concise de procéder est de cibler les messages sur les acquis psycho-moteurs spécifiques à l’âge de(s) l’enfant(s) et de faire le lien entre ces acquis et les risques d’accidents.

Les conseils pertinents en fonction de l’âge de l’enfant sont synthétisés dans la fiche jointe au présent article élaborée par les collègues suisses du Programme Intercantonal de Prévention des Accidents Domestiques . Les brochures de l’ONE « Grandir en toute sécurité » offrent également un contenu de ce type et peuvent être remises aux parents en complément aux conseils personnalisés du médecin.

Les trois conseils essentiels aux parents sont :
  • Evitez de laissez votre enfant seul, dans son bain, sur la table à langer, dans la cuisine, au jardin ne fusse que quelques minutes,
  • Mettez les produits dangereux, les liquides brûlants et les petits objets hors de portée : les médicaments, les produits d’entretiens et de nettoyage, la friteuse, le café, le thé, la soupe (tourner le manche des casseroles vers le centre de la cuisinière !), les billes, les cacahuètes, ….
  • Encouragez le port du matériel de protection sportive chez les plus grands enfants (casque de vélo, protections pour la pratique du rollers, …).
2. Promouvoir le matériel de prévention passive

Une gamme assez étendue de produits existe sur le marché. Certains équipements sont plus essentiels que d’autres, sachant que les chutes, les intoxications, les noyades et les brûlures sont les accidents les plus fréquents.

Les matériels de sécurité prioritaires à promouvoir dans les familles sont :
  • le détecteur de fumée,
  • les barrières de protection (escaliers, fenêtres et piscines)
  • les systèmes de blocage (armoires à produits d’entretien ou à médicaments, fenêtres, portes dangereuses).
  • Dans les maisons pourvues d’installations électriques anciennes, on conseillera en outre les caches prises électriques.
Ces matériels sont disponibles dans les magasins de matériel pour bébé et pour enfant, dans certaines grandes surfaces et dans les grandes surfaces spécialisées dans l’ameublement en kit. Une étude comparative de la qualité et de la facilité d’utilisation de ces matériels est prévue.

Les détecteurs de fumée se trouvent dans les grandes surfaces, les grandes surfaces de bricolage et chez des grossistes de matériel électrique et d’élélectro-ménager.

3. Identifier les risques spécifiques dans la famille et partager l’analyse avec les parents.

Les risques spécifiques concernent trois domaines distincts :
  • le contexte éducatif : attitude autoritaire ou laxiste des parents,
  • les défauts d’aménagement du domicile et de ses alentours : installation électrique, température de l’eau chaude sanitaire, rangement des produits dangereux, des objets coupants, accès aux objets brûlants, accès aux escaliers.
  • les situations psycho-affectives difficiles : deuil, séparation, déménagement, maladie.
« Eduquer un enfant, c’est l’informer par anticipation de ce que l’expérience va lui prouver » selon Françoise Dolto. Cette phrase s’adapte particulièrement bien à la prévention des accidents domestiques car un univers sans dangers est impossible, une attitude hyper sécuritaire engendre l’angoisse ou le plaisir de transgresser les interdits et la permissivité totale est elle-même source d’instabilité psychomotrice. L’attitude ouverte, sécurisante et active est la plus efficace pour l’éducation des limites, l’exploitation des incidents et la valorisation des réussites.

L’environnement matériel (objets, produits, habitat, …), le mode de vie de la famille, les stress psychologiques (deuil, maladies, grossesse, déménagement) et la situation affective de la famille (familles dissociées, monoparentales ou recomposées) font partie des facteurs exogènes qui créent les conditions propices à la survenue d’un accident.

Le niveau socio-économique peut aussi être invoqué si dans un contexte donné les familles de revenus modestes ont moins accès aux informations et ont moins de ressources à consacrer à du bon matériel de sécurité. Les familles de migrants sont plus à risque, plus à cause du désavantage social que des différences culturelles.

Conclusions et perspectives

Agir au quotidien pour la sécurité des enfants pose la question de la relation éducative avec les parents. Les comportements ne changeront pas en une volée de conseils ni par la distribution de brochures. Les parents ont leur propre vécu de la sécurité de leurs enfants, leurs idées sur le sujet, leurs questions. C’est de là qu’il faut partir, c’est à ce vécu-là que le médecin généraliste accrochera ses conseils, la promotion du matériel de sécurité et la prise en compte du contexte familial.

Pour ces aspects de prévention des accidents domestiques auprès des praticiens de première ligne, Educa-Santé collabore avec le Groupement Belge des Pédiatres Francophone (GBPF), la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG) et les Centres/Départements Universitaires de Médecine Générale (CUMG/DUMG) de l’Université de Liège (ULG), de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et de l’Université catholique de Louvain (UCL). La sélection et la diffusion de matériels d’information destinés aux parents et de matériels de sécurité sont aussi d’autres axes de travail en cours.

 Téléchargez la synthèse des résultats de l’enquête auprès des Médecins Généralistes et des Pédiatres

 Téléchargez le texte complet de l’enquête auprès des Médecins Généralistes et des Pédiatres

 Téléchargez la synthèse sur l’importance des accidents domestiques chez les enfants, en Belgique.

« Le rôle du médecin généraliste dans la prévention des accidents domestiques chez les jeunes enfants », exposé de Mme Martine Bantuelle (Educa-santé) et du Prof. Alain Levêque (ULB-Ecole de santé Publique) à la Grande Journée SSMG du Luxembourg, St Ode, 17 mai 2003.

 Téléchargez la présentation

 Téléchargez la synthèse préparée pour les participants

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